COMPTES RENDUS DES ATELIERS

Nous vous proposons ici la première partie des

Comptes rendus des ATELIERS

engagements sociétaux et réseaux professionnels.

Les participants – et ceux qui se sentent concernés – peuvent compléter,  engager la discussion, ou se déclarer intéressés par la poursuite de la réflexion en utilisant le lien  “Laisser un commentaire” en bas de l’article.

Photo Marc Taillebois


Nos ateliers ont révélé la richesse des situations dans lesquelles les membres de l’ACI sont personnellement impliqués, malgré quelques lacunes significatives : très peu se sont signalés comme membres de diasporas, de retour de l’étranger ou engagés dans des responsabilités associatives autres que caritatives ou humanitaires (associations culturelles, sportives,…), mais on note avec joie la présence des élus politiques, syndicaux et associatifs, des professions libérales, des chefs d’entreprise, des professions de la finance … dont on déplore souvent la discrétion en ACI – à tort semble-t-il. Comment valoriser cette présence ?

 Nous avons eu le souci de faire ressortir les enjeux de ces situations pour nous et nos familles, mais aussi pour toutes les personnes impliquées. Ces enjeux sont

  • personnels (comment rester soi-même dans un engagement, comment donner cohérence à sa vie, comment s’intégrer au retour de l’étranger…),
  •  relationnels (violence verbale en politique,, gérer les jusqu’au-boutistes dans le syndicat,  travailler en équipe en entreprise…),
  • éthiques (évaluation des organismes où nous nous engageons en termes de pouvoir, d’utilité sociale, de promotion de la dignité de l’homme…),
  • sociaux (réciprocité de l’échange, qualité de l’information …),
  • politiques (définition des priorités, agir sur les causes, manque de temps et de moyens, élections …).

Le rôle de l’ACI est réaffirmé comme

  • un lieu d’écoute qui permet à des personnes isolées dans leurs responsabilités de les relire, à des gens d’horizons différents de dialoguer, de prendre du recul, de se remettre face aux priorités,
  • un espace de discernement qui aide à comprendre d’où on vient, qui permet un regard critique sur l’information, qui souligne les dimensions collectives,
  • un lieu d’éveil pour l’engagement qui travaille à l’émergence d’hommes et femmes en responsabilité. Mais aussi
  • un lieu pour s’enrichir par le partage, rendre grâce de ce que nous voyons à travers nos engagements, repartir rempli d’espérance et de dynamisme en prenant conscience d’avoir semé.

 Plusieurs de nos ateliers ont identifié un service d’utilité sociale que l’ACI pourrait initier :

  • lieux de relecture pluraliste d’engagement associatif, syndical ou politique,
  • observatoire de la vie associative,
  • suivi des parcours d’intégration des étrangers, (et des expatriés de retour en France ?)
  • travail en commun à partir de l’exigence de justice entre CCFD-Secours catholique ( et autres structures tels qu’épicerie sociale, CCAS, …).

Il resterait après s’être assurés que cela n’existe pas déjà, de voir avec qui les lancer !

 Beaucoup d’ateliers ont suscité l’envie de continuer une réflexion entre personnes qui partagent les mêmes références, ou les mêmes engagements, sans toutefois ajouter trop de réunions. Ces suites imaginées renvoient soit à l’équipe, soit à des relais, soit à la fédération, au diocèse ou à l’espace interdiocésain, soit le plus souvent à l’Internet (site, forum, blog, skype…).


 ATELIERS ENGAGEMENTS SOCIETAUX

ATELIER ENGAGEMENTS ASSOCIATIFS

Engagés en associations surtout caritatives et humanitaires, nous sommes enrichis par le partage. Nous éprouvons le besoin de relire nos engagements, de vérifier l’éthique de l’association, l’exercice du pouvoir, la dignité des personnes. Souvent retraités, nous devons faire un effort pour ne pas penser à la place des jeunes.

ELUS POLITIQUES ET SYNDICAUX

Elus (en général de communes petites ou moyennes, ou de syndicats), nous vivons des situations très contrastées : des réalisations bien concrètes, des manques de moyens qui obligent à choisir (entre les personnes âgées et les SDF par exemple), un manque d’intérêt de la population pour certains services publics (la culture…), des débats de société, jusqu’à un véritable travail de fond qui débouche sur des consensus.

Appelées pour notre jeune âge ou notre sexe, nous jouons les potiches (les informations arrivent au compte-goutte, les décisions sont déjà prises) ou bien nous avons notre mot à dire en tant que femmes (urbanisme, santé…). Nous sommes pris dans un jeu politique, une violence verbale souvent, mais nous souhaitons privilégier la personne. Dans un milieu parfois anticlérical, nous n’osons pas afficher notre foi, mais nous avons des relations de confiance. Elus syndicaux, nous devons gérer les jusqu’au-boutistes, défendre un adversaire, défendre le service public, amener la direction à exprimer le sens de nos missions… L’équipe ACI est un lieu de relecture de nos engagements, un espace de discernement, pour comprendre d’où on vient, permettre à des gens d’horizons différents de dialoguer, se réajuster par rapport aux priorités, souligner les dimensions collectives, pousser les membres à s’engager.

DEPART/RETOUR DE L’ETRANGER

Nous avons vécu à l’étranger parce qu’enfants de colons ou de fonctionnaires (militaires,…) ou de militants d’ONG, ou de familles cosmopolites, ou par choix personnel avec différents degrés de liberté ( coopération, engagement dans des ONG, mariage, profession, émigration). Il y a trois temps, qui nécessitent chacun un discernement spécifique : le départ (ses motivations, son projet, ses repères); l’inculturation; le retour en France : on n’a rien vécu en commun pendant des années, on n’a pas d’amis. Les enfants, de quelle culture vont-ils être ?

Pour les étrangers en France, il faut distinguer entre les séjours temporaires, où les étudiants vont rentrer dans leur pays, contribuant à une co-croissance et ambassadeurs de la culture française, et les demandeurs d’asile à cause de la crise dans le monde.  Le soutien des personnes en situation précaire ne résout pas les causes. Cela renvoie  à notre responsabilité mutuelle pour le maintien dans le pays.

En tant que citoyens et membres de l’ACI, nous avons le souci  d’une législation plus humaine,  d’un dialogue interculturel,  d’un appui à la création de conditions pour un développement durable, de relations partenariales avec transfert mutuel de compétences, d’être attentifs aux transferts qui peuvent être néfastes, d’être attentifs aux paroisses étrangères et aux prêtres étrangers en France, de favoriser des échanges de techniciens dans notre engagement dans les municipalités.

ELUS D’ONG ET ASSOCIATIONS

Les organismes sont divers, l’atelier a noté les points communs : la difficulté des relations entre salariés et bénévoles, les financements qui diminuent, le cumul  des responsabilités et la difficulté de passer la main, la fonction de lien social, la richesse des relations avec des personnes de cultures différentes, le sentiment d’être utile et de servir une cause, le partage grâce à l’ACI. Il souligne la richesse de travailler avec des personnes de sensibilité politique ou religieuse différente, mais agissant dans le même sens. Il a noté que les conseils d’administration sont des lieux de vrais débats.

DIVORCES REMARIES

Les personnes qui ont vécu le divorce expriment le besoin du récit, le bonheur de trouver une écoute, un accueil chez le prêtre ou dans la Parole de Dieu, une communion (en équipe, en relais) plutôt qu’une Eglise qui juge, et pourquoi pas une forme de célébration, de prière… Le divorce, nouveau lieu d’évangélisation ?

NOUVELLES BOURGEOISIES

Alors que la bourgeoisie de tradition est pétrie du sens de la sociabilité et de l’entre-soi, la bourgeoisie nouvelle – issue soit de la bourgeoisie traditionnelle avec qui une génération plus jeune prend ses distances, soit de l’ascension de classes moyennes à des postes de décideurs (financiers, cadres supérieurs, chefs d’entreprises)- se caractérise par sa liberté de ton. Elle fait sauter le poids des conventions, elle est libre de ses choix, parfois provocatrice. Elle accorde aussi beaucoup d’importance à la culture, mais reconnait plus aisément les différences, dans le couple, dans les milieux professionnels, et dans les voyages. Elle est plus souvent confrontée à des mariages mixtes, des activités avec des non-chrétiens … mais elle ne se dissout pas dans ces interrelations : elle garde une grande confiance en elle-même et, si elle investit des quartiers modestes, elle retrouve l’entre-soi au moment de choisir l’école de ses enfants.

LA RESPONSABILITE SOCIETALE DES ENTREPRISES

Même si le compte-rendu ne fait pas état de la norme internationale sur la RSE, il souligne les 3 P (le profit, les personnes, la planète) et pose la nécessité de construire à l’initiative du manager, dans la culture de l’entreprise,  une démarche humaniste, qui valorise chacun, promeuve des relations de respect et de synergie entre direction, toutes catégories de salariés, fournisseurs et clients.

EVENEMENTS D’ACTUALITE

Face aux évènements d’actualité, nous sommes soucieux d’une information qui nous dise le pourquoi, les responsabilités, les erreurs commises et les mesures prises pour les corriger, le cheminement propre des autres peuples, les signes d’espoir. Qui nous permette de répondre à la question : “Que pouvons-nous faire”. Nous refusons l’information non recoupée, biaisée ou utilisée pour monter les gens contre les autres. Lorsque l’évènement touche un proche,  nous voulons accueillir l’évènement sans juger, de façon empathique, laisser la porte ouverte, remettre la personne debout.

ATELIERS RESEAUX PROFESSIONNELS

ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE

L’atelier a été riche, et correspond  de l’avis des participants à un besoin qu’ils aimeraient poursuivre au moyen de la grille proposée, en équipe ou en “relais”.

PROFESSIONS LIBERALES

Entre professions libérales très diverses, des points communs sont apparus :

  • Les études sont souvent longues et difficiles mais permettent l’exercice d’un  «  métier choisi » : ce sont des gens heureux dans leur métier !
  • Le facteur humain est  prioritaire :  bonheur d’approfondir des relations humaines(créer du lien). Nous sommes attachés à la confiance qui nous est faite qui est la source de notre responsabilité.
  • Le rapport” temps-argent” est bien spécifique à ce type de profession. « Habiter le temps » est un beau challenge  car la gestion du temps est difficile dans ces professions (timing avec chaque client, balance temps professionnel/privé, frontières parfois floues écoute /professionnel).
  • Les contraintes administratives sont difficilement supportées en particulier pour les professionnels de santé (pression des caisses d’assurance maladie ).
  • Les problèmes financiers des clients ou patients en situation critique sont un facteur de questionnement constant pour l’ensemble de ces professions (indigents ,CMU,…)
  • Le statut de libéral n’est pas toujours bien compris ni bien vu : impossibilité en équipe d’évoquer leurs problèmes professionnels (gestion du temps, relation temps /argent) car pour les autres, leur situation est enviable et ils ne peuvent «se plaindre ».
  • Questions récurrentes : “comment je porte au niveau professionnel mes convictions “ , “à quel moment je peux en faire état, m’exprimer, être témoin, ou au contraire il est préférable que je m’abstienne” ; quel type “d’action”, je peux ou non mettre en œuvre.

Bien que beaucoup de participants n’avaient pas choisi cet atelier en premier choix, la satisfaction est générale. Le fait de réunir les professions libérales apparait comme un bon compromis entre les réunions dans un cadre strictement professionnel , qui peuvent tourner à la réunion syndicale et où on ne peut pas toujours s’exprimer librement (on se connait, on est entre concurrents, …) et  la réunion d’équipe. De telles réunions transversales contribuent à construire le “nous”.

Pour aller plus loin, sans ajouter trop de réunions car souvent les libéraux sont déjà très pris par la formation continue, quelles solutions?

  • Présence de plusieurs professions libérales au sein d’une équipe.
  • Peut-être provoquer des rencontres exceptionnelles par diocèse.
  • Un relais en diocèse ou fédération ( veiller à inviter des professionnels de professions différentes pour un partage en vérité !
  • Un site internet de discussion.

PROFESSIONS DE LA FINANCE

L’expérience dans le domaine de la finance était très diverse. L’atelier a été particulièrement intéressant, avec une compréhension des problématiques rapide et claire sans avoir à les expliquer ou à ennuyer l’équipe sur des préoccupations professionnelles très spécialisées.

Les participants expriment le bonheur qu’ils trouvent dans le management de leurs équipes ( notamment un comportement respectueux, même en cas de restructuration) et dans les relations avec les clients (là aussi, un souci de respect du client à transmettre à ses collaborateurs).

Les difficultés sont plutôt liées à la contrainte extérieure : un siège qui n’écoute pas son réseau, un manque d’éthique, de respect des gens et de courage qui cèdent devant le carriérisme, mais aussi un arbitrage difficile entre les différents enjeux de l’entreprise, en clair, entre l’humain et la rentabilité, et donc des décisions à prendre au niveau professionnel qui ne sont pas toujours en adéquation avec ce que l’on pense, dans un monde où les marchés spéculent sans limite, y compris sur l’alimentation. Nous avons relevé un appauvrissement spirituel des Chrétiens dans ce contexte où l’absence de culture économique des interlocuteurs rend les débats sociétaux opaques.

Nous avons observé  que l’on est parfois des deux côtés, acteurs et collaborateurs de ces situations, entrepreneur faisant du rendement avec le financier, plus largement Chrétiens en désaccord avec leur métier, et même retraités parties prenantes (par les retraites complémentaires) à un système que l’on ne connait pas.

Nous avons retenu l’enjeu de l’information (et de la formation), celui de la priorité à donner à l’investissement dans l’économie réelle, celui de la définition de l’utilité sociale dans une économie solidaire, et plus largement celui de nos marges de manœuvre que nous n’épuisons pas. Certains ont aussi souhaité une régulation mondiale de la finance, voire la création d’une autorité mondiale indépendante comme le préconise la récente note du Conseil Pontifical Justice et Paix (Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle).

 Nous avons conclu que ces échanges entre personnes concernées par la finance peuvent être prolongés, en prenant le temps d’une réflexion structurée (regarder, discerner, transformer) et en toute confiance et en vérité entre les participants comme l’ACI sait le faire.  Les participants ont souligné  l’importance de s’informer – et la contribution que le Courrier pourrait y apporter en publiant l’éclairage de membres de l’ACI spécialistes de ces questions pour permettre aux équipes de progresser dans la révision de vie , la nécessité de se rapprocher d’autres mouvements pour traiter de ces questions (CCFD, EDC ont été cités), le désir de faire évoluer le management, le souci d’associer localement des personnes de nos relations pour faire progresser les mentalités, des échanges sur le Net, voire une pétition en direction de notre banque ou du gouvernement…

L’INTERVENTION DU P. HENRI-JERÔME GAGEY

Le texte ci-après a fait l’objet d’un véritable travail éditorial auquel ont participé Robert Eid, Christiane Grimonprez, Jean-Marc Duroy. Il a été repris et validé par l’auteur. Cela a demandé quelques semaines de travail : merci pour votre patience !

Intervention aux Assises de l’Action Catholique des Milieux Indépendants à Poitiers le 12 novembre 2011.

P. Henri-Jérôme Gagey,

Prêtre du diocèse de Créteil,
Professeur au Theologicum de L’Institut catholique de Paris

 

Question 1

Jean-Marc Duroy : Comme beaucoup de mouvements d’Église, et d’associations, l’ACI connait depuis une quinzaine d’année une lente mais constante érosion. Ce n’est pas une vague de démissions comme l’ACI a pu en connaitre dans le passé, mais une difficulté à rejoindre les jeunes dans un monde qui a considérablement évolué.

Que s’est-il passé dans l’Église et dans la société pour que les mouvements qui marchent fort soient aujourd’hui les plus identitaires et que nous passions parfois pour les derniers des Mohicans ?

Quel peut être le rôle d’un mouvement d’action catholique en milieux indépendants dans ce contexte ? L’Église est un orchestre, si nous essayons de jouer la partition des autres, à quoi servons-nous ? Mais quelle est dans ce concert la partition de l’action catholique ?

P. Henri-Jérôme Gagey. Après avoir évoqué la lente mais constante érosion de votre mouvement, vous vous demandez « Quel peut être le rôle d’un mouvement d’action catholique en milieux indépendants dans le contexte actuel ? » Prendre au sérieux une question de ce genre, c’est considérer qu’elle n’a pas de réponse toute faite mais invite au contraire à une vraie recherche, à une redéfinition de vos orientations. C’est un travail qui vous incombe. Ce que je peux faire, comme théologien, c’est en éclairer certains enjeux afin de vous aider à voir où se trouve le problème; un problème qu’il serait trop court d’expliquer par un rejet de la hiérarchie qui aurait fait d’autres choix et vous aurait abandonnés. A mon avis, la question est plus radicale. Elle demande de vérifier dans quelle mesure les objectifs missionnaires qui furent à la fondation de l’action catholique spécialisée – et de l’action catholique des milieux indépendants – sont encore pertinents dans la situation actuelle. Les objectifs d’une association peuvent perdre leur actualité de deux manières :

  • Soit ils ont été mal définis au départ sans tenir compte de la réalité et le jour où l’on s’en rend compte il faut changer de cap à 180° en reprenant tout à zéro ou bien, d’une manière plus radicale encore, il faut « fermer boutique ».
  • Soit les objectifs étaient correctement définis et constituaient une réponse adaptée à la situation de départ mais, après un certain temps, ils ont été atteints. Il faut alors relire les intuitions fondatrices et voir sur quels objectifs nouveaux elles peuvent être mobilisées. C’est, je pense, la situation de votre mouvement.

La création des mouvements d’action catholique spécialisée correspondait à une vraie urgence missionnaire. Leur développement extrêmement rapide au milieu du XXe siècle, d’abord avec les jeunes puis avec les adultes, le montre et ils ont porté leurs fruits en contribuant particulièrement à renouveler la manière d’être de l’Église, en France. Mais ce qui est fait n’est plus à faire. Il faut donc envisager le passage à une nouvelle phase.

L’action catholique spécialisée a été créée pour faire face à la déchristianisation, c’est-à-dire à la brutale perte en crédibilité du message et des pratiques de la foi, pour des générations qui n’avaient pas été moins bien formées que les précédentes. Pendant des siècles, dans notre pays, le catholicisme était profondément inculturé dans la société globale où il plantait de profondes racines. En à peine deux siècles, il y semble être devenu une réalité étrangère, qui perd sa signification et sa pertinence, pour certaines couches sociales du moins. Au XIXe siècle, c’est-à-dire au moment où le processus s’amorce, il atteint essentiellement les couches de la bourgeoisie instruite à l’école des Lumières puis ce que l’on appellera plus tard la classe ouvrière, c’est-à-dire les deux milieux sociaux les plus représentatifs de la transformation du monde qui étaient en train de s’établir, passant d’un monde féodal essentiellement rural à un monde de plus en plus urbanisé et industrialisé.

Dans un premier temps, au cours du XIXe siècle, la majorité des catholiques et de leur hiérarchie ont expliqué la déchristianisation par l’activité des ennemis de la religion. C’était, disait-on, leur activité néfaste qui était la cause de l’apostasie des masses. On en concluait qu’il fallait tenir bon, assurer l’emprise de l’Eglise sur le corps social et résister sans faiblir aux évolutions en cours caractérisées par le développement d’une mentalité scientifique et démocratique liée au mythe du progrès. Mais cette explication polémique de la déchristianisation ne peut pas tenir longtemps. Progressivement s’impose l’idée que si la foi reçue tend à perdre son sens et sa plausibilité et se trouve progressivement abandonnée par beaucoup, cela doit avoir une cause plus profonde : le lien historique du message chrétien avec une mentalité « prémoderne » qui était est en train de s’effacer dans certaines couches de la population. De la sorte, dans la culture nouvelle qui se constituait, le pur et simple maintien de la manière reçue de formuler et de vivre l’Évangile devenait intenable. Il fallait donc en finir avec l’attitude de résistance intransigeante à la culture moderne. Il le fallait d’autant plus que cette attitude intransigeante conduisait chez beaucoup au rétrécissement de la vie chrétienne, réduite à un ensemble de convictions spirituelles et morales privées qui n’animaient plus l’ensemble de leurs activités et de leurs responsabilités.

D’où la nécessité d’entrer en dialogue avec la culture moderne qui sera si fortement exprimée par Jean XXIII dans le discours d’inauguration du Concile Vatican II. Progressivement, on en vient à considérer que, même si sur certains points les principes du monde moderne s’opposaient à la conception évangélique de la vie, ils n’étaient pas d’abord l’expression d’un refus du christianisme, mais qu’ils en constituaient plutôt le fruit encore vert. C’est ce que montre la lente découverte par l’Église que, pour s’en tenir à cet exemple, les droits de l’homme et l’aspiration à la démocratie politique, trouvaient leurs racines dans l’affirmation biblique de la dignité de la personne humaine. Cette attitude d’ouverture au monde s’est épanouie tout long du XXe siècle. Elle a eu des aspects proprement intellectuels et théologiques, elle a eu aussi des aspects pastoraux et s’est trouvée, d’une certaine manière, consacrée par le Concile Vatican II.

L’ACI et l’ensemble des mouvements d’Action catholique spécialisée, ont largement pris leur place dans cette dynamique d’ouverture au monde. Leur objectif était de sortir de l’enfermement de la vie chrétienne dans le culte et la morale pour retrouver la dynamique de l’Évangile comme un souffle qui peut animer nos existences dans toutes leurs dimensions et pas seulement dans la sphère de la vie privée. À la base de cette dynamique, se trouve la conviction forte que toute personne humaine peut être considérée comme naturellement chrétienne, parce qu’elle est en son fond naturellement orientée vers Dieu. Voilà pourquoi elle doit en principe pouvoir entendre l’Évangile qui lui révèle de manière explicite la vérité de son existence qui est déjà-là, enfouie.

C’est dans cette ligne que Marie-Louise Monnet définissait l’objectif de l’ACI : Il s’agissait de s’adresser à des catholiques attiédis, dont la foi chrétienne tendait à se limiter à la pratique du culte et à l’affirmation de principes moraux fondamentaux, afin qu’ils découvrent l’Évangile comme une puissance d’inspiration et de renouvellement qui saisit l’existence dans sa totalité. Cette première tentative de « nouvelle évangélisation » engagée par l’Action Catholique, car c’est exactement de cela qu’il s’agissait, partait d’une considération plutôt optimiste sur le décalage entre la culture moderne et la tradition chrétienne, une considération basée sur ce qu’on peut appeler un « principe de convergence » entre, d’une part, l’appel de Dieu qui tombe d’en haut et, d’autre part, la dynamique de spiritualité intérieure qui anime chacun. Sur cette ligne, être apôtre c’est s’acharner à découvrir les signes de la présence de Dieu à l’existence de nos contemporains avec la conviction que si l’on est capable de rejoindre les aspirations les plus profondes, non seulement de personnes isolées, mais d’un milieu de vie, on rejoint un dynamisme qui se révèle très proche de l’Évangile. Du coup, une redécouverte de l’Évangile comme Parole pour notre temps devient possible.

Au principe de cette attitude très profonde on trouve la conviction que le désaccord entre la conception chrétienne de l’existence et le monde moderne était fondé sur un malentendu et que si on éclairait les choses, cela irait vite mieux. C’est pourquoi les jocistes des années 30 à 60 pouvaient chanter : « Nous referons chrétiens nos frères, nous bâtirons des cathédrales ». Ils étaient persuadés que la mésentente de la classe ouvrière et du christianisme était le fruit d’un malentendu qui pourrait être relativement vite écarté. La force de cette attitude, parce qu’elle n’aurait pas inspiré pendant aussi longtemps la pastorale de l’Eglise de France si elle avait été sans force, c’était de mettre en œuvre un christianisme de pleine vie : Dieu ne se rencontre pas seulement dans les églises, dans les événements religieux, dans la prière, la lecture des Écritures et les sacrements. Dieu se donne à rencontrer sur le visage de nos frères et nos sœurs, dans le dynamisme spirituel qui les pousse à prendre des responsabilités, dans leur capacité parfois insoupçonnée d’attention, de délicatesse et de dévouement. Il faut donc se faire chercheur de Dieu en pleine vie, et devenir capable d’accueillir les signes de Dieu dans les dynamismes culturels et sociaux collectifs et pas seulement individuels, mais aussi au ras de la vie, y compris la vie de ceux qui ne partagent pas notre foi chrétienne.

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Le problème c’est que nous ne sommes plus à l’époque de Marie-Louise Monnet. Alors, comme je viens de le dire, les chrétiens des milieux indépendants, comme les chrétiens des autres milieux d’ailleurs, sont enfermés dans une pratique très ritualiste, dévotionnelle de la foi qu’il faut ouvrir la foi à d’autres dimensions. Mais cette mission de l’ACI est une mission de deuxième souffle. Elle suppose l’existence d’un grand nombre de chrétiens assoupis, qu’il faut réveiller. Or ce n’est plus notre situation. Aujourd’hui ; ceux qui sont « restés » catholiques, en résistant aux grands bouleversements culturels qui nous affectent tous, n’ont pu y parvenir que parce qu’ils ont bénéficié de toute cette dynamique pour vivre aujourd’hui un christianisme en pleine vie, ouvert à toutes les dimensions de l’existence. Bien des fruits du travail apostolique conduit par l’action catholique spécialisée sont devenus le bien commun de toute l’Eglise.

Aujourd’hui, ceux avec qui nous avons à partager en profondeur sur notre foi, pour éventuellement en rendre compte et en témoigner, ne sont plus des chrétiens assoupis. Ils sont bien davantage ce qu’on peut appeler des “postchrétiens”. Ils continuent de se reconnaître dans ce que certains appellent les valeurs chrétiennes d’amour, de tolérance et d’ouverture aux autres mais ils estiment pouvoir en vivre en se dégageant de ce qui leur apparaît un carcan : les dogmes, les sacrements, la liturgie, l’appartenance à la communauté ecclésiale et la soumission à sa hiérarchie. C’est la thèse des philosophes tellement célèbres aujourd’hui que sont Luc Ferry et Frédéric Lenoir. Ces hommes-là nous disent : bien sûr l’Évangile véhicule des valeurs extrêmement importantes qui ont façonné notre culture, mais pourquoi continuer à les vivre dans un cadre religieux alors qu’elles peuvent tenir toutes seules ? À leur suite, un grand nombre de personnes reconnaît la convergence entre les valeurs de l’humanisme contemporain et ce qu’ils appellent les valeurs de l’Évangile dans lesquelles la plupart ont été éduqués mais ils se demandent ce que cela apporte vraiment de référer ces valeurs au Dieu de Jésus-Christ, de les vivre dans une démarche explicitement chrétienne. En rester à un humanisme agnostique ou vaguement religieux ne suffit-t-il pas ? Qu’est-ce que la foi chrétienne apporte en plus ? Voilà pourquoi, si notre christianisme se limite à mettre en évidence la convergence entre nos valeurs évangéliques et les valeurs de l’humanisme, il devient un christianisme “soft”, sans épaisseur, sans tragique, un christianisme incapable de lire les textes « durs » de l’Évangile.

Pour vérifier ce que je viens de dire, je vous suggère de prendre la peine de lire complètement un des Évangiles synoptiques, Mathieu, Marc ou Luc. Lisez-le comme si c’était un livre nouveau pour vous et osez relever les passages que vous ne supportez pas spontanément… parce que le Christ y annonce un Évangile qui n’est pas tout à fait le vôtre : plus dur, avec des différences plus marquées, des appels plus radicaux.

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Parmi les partenaires de nos dialogues, d’autres, d’une manière plus radicale, mettent en doute la prétendue convergence que nous établissons entre valeurs humaines et valeurs chrétiennes. Ils sont en désaccord avec des points essentiels du message évangélique. Pour eux, le message chrétien est un scandale ou un mensonge qui nous écarte du goût de la vraie vie. Quand vous discutez avec des gens influencés par un philosophe comme Michel Onfray, vous vous découvrez interpelés par quelqu’un qui vient contester frontalement vos « valeurs évangéliques », et du même coup vous faites à nouveau l’expérience d’une différence évangélique et pas seulement d’une convergence.

Voilà à mon sens, le paysage actuel ; il nous met face à de nouvelles interrogations bien nécessaires pour répondre à la question un peu troublante que posait votre secrétaire national : quel est le rôle d’un mouvement d’action catholique en milieux indépendants dans le contexte actuel ?

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Question 2

P. Olivier Vendôme : La cohérence entre les événements de la vie quotidienne et la foi au Christ est plus difficile, aujourd’hui puisque l’Évangile devient étranger aux références de la société, de la vie commune, étranger aux mutations profondes de la vie tant au niveau local qu’au niveau global. Il ne suffit donc plus de chercher des continuités entre vie et foi. Où sont les ruptures de continuité entre les valeurs et la foi chrétienne ? Quels chemins ouvrir pour une nouvelle cohérence vie/Foi sans réduire la Foi au religieux, ni diluer la Foi dans un humanisme militant et généreux ? L’expérience chrétienne peut-elle encore interroger, élargir, donner sens à l’expérience humaine ?

Pierre Fleutot : Les plus anciens parlent de l’expérience en ACI comme d’une libération et cela rejoint ce que tu disais tout à l’heure sur les pratiques plus dévotionnelles ou sacramentelles. Aujourd’hui des personnes de générations plus récentes ou de nouveaux membres parlent plutôt d’une re-création. L’équipe est le lieu où se recrée un lien intérieur, en écoutant, en ayant la possibilité de dire ce que l’on porte. Dans ce monde troublé les jeunes ont besoin d’entendre des choses claires, de trouver des repères qui permettent de choisir.

P. Henri-Jérôme Gagey : Aujourd’hui ce qui est perdu, ce n’est pas seulement la cohérence entre notre vie quotidienne et le message du Christ. Nous faisons l’expérience d’une perte encore plus radicale : c’est la cohérence même de nos existences quotidiennes qui est menacée. Tous, nous sommes ballottés entre divers types d’engagements professionnels, culturels, associatifs, politiques et familiaux. Nous vivons plusieurs vies en parallèle et, entre ces vies parallèles, l’unité n’est plus donnée d’avance, comme c’était le cas encore dans les années 50 alors que pour la plupart des personnes de milieux indépendants l’unité de leur existence était assurée par le fait que l’essentiel de leurs activités se déroulaient à peu près dans le même espace. Les relations de travail recouvraient les relations de voisinage, de paroisse, d’engagements associatifs etc. Aujourd’hui nos réseaux se croisent de moins en moins. Cette unité de lieu se perd. Ce qui, il y a encore 30 ou 40 ans, n’atteignait que les personnes en très haute responsabilité professionnelle résidant dans des métropoles urbaines s’étend à toutes les couches de la population. Nous devenons nomades, capables d’endosser successivement plusieurs rôles dans des sphères d’activité presque totalement indépendantes les unes des autres. Comment tisser l’unité d’une vie à travers tout cela ? C’est peut-être un des problèmes essentiels pour nous tous ici.

L’une des premières expériences que vous faites en équipe, c’est d’avoir un lieu de rencontre qui vous situe face à votre existence, considérée comme un tout dont vous êtes responsable. Dans notre société se multiplient les groupes de parole et c’est une bonne chose ; ils permettent à des personnes de faire le point face à tel aspect de leur vie : problèmes de couple, éducation des enfants, difficultés avec l’alcool ou d’autres drogues, traversée d’une période de chômage. Mais dans vos équipes, c’est la totalité de vos existences que vous êtes invités à rassembler, pour en construire l’unité qui n’est plus donnée d’avance. Cette pratique me semble profondément chrétienne. Elle vous permet en effet, d’identifier et de discerner, à l’écoute de la Parole, les multiples appels que vous recevez, tout au long des événements qui scandent votre vie.

Pour construire l’unité de nos vies il faut opérer un discernement et établir des priorités entre tous les engagements et responsabilités qui nous incombent, au lieu de nous laisser glisser au fil des événements qui nous conditionnent et nous sollicitent. C’est précisément ce travail essentiel que vous accomplissez dans vos équipes et vos rassemblements. Avec cela, nous aurions déjà une première base pour répondre à la question : l’expérience chrétienne peut-elle encore interroger, élargir, donner sens à l’existence humaine. Dans vos équipes, au cœur de vos partages de vie, la parole de Dieu intervient comme la parole qui convoque chacun à assumer la totalité de son existence de manière responsable. Si l’expérience chrétienne commence avec la certitude d’être aimé, de ne pas être jeté dans la vie, mais appelé à vivre… alors il est fondateur de bénéficier du soutien d’une équipe fraternelle où, à l’écoute de la Parole, chacun découvre, contemple et discerne les dynamismes qui le font vivre, les appels qui le mobilisent et le poussent à se dépasser. Mais il faut faire un pas de plus.

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Nous l’avons évoqué dans le premier point, le défi actuel des mouvements d’Action catholique n’est plus de réveiller des chrétiens enfermés dans une tradition un peu poussiéreuse. Ils sont confrontés à un problème plus radical : l’affadissement du message chrétien dans un humanisme de l’amour qui méconnaît la fragilité de l’amour et sous-estime le danger de son inversion ou de sa perversion. Je m’explique : Aucune époque de l’histoire de l’humanité n’a réalisé, au point où nous le faisons aujourd’hui, que l’amour est ce qui donne son poids à l’existence : films, chansons, romans, ne parlent que de cela… au moins dans notre univers imprégné par deux mille ans de Christianisme. Mais précisément, le Christianisme ne se réduit pas à un humanisme de l’amour. Aimer et être aimé est sans doute le plus désirable, mais aimer ne va pas de soi. La promesse de l’amour tient-elle ses promesses ? Peut-elle être crue jusqu’au bout ? Ne se trouve-t-elle pas si cruellement démentie à longueur de jours, qu’il serait plus raisonnable de voir moins large et moins haut ?

L’amour, il faut y croire à l’épreuve de la lassitude, de la trahison et du mensonge. Mais il faut y croire aussi à l’épreuve de son retournement ou de sa perversion. Tel est le véritable drame auquel est exposé l’amour : on peut aimer mal, d’un amour qui, au lieu de donner la vie, étouffe et détruit ceux vers qui il se porte. Le nationalisme déchaîné, c’est une manière aveugle d’aimer mal son peuple. L’inceste c’est une manière atroce d’aimer mal ses enfants. Le carriérisme, c’est une manière cynique d’aimer mal ses responsabilités en se servant au lieu de servir. L’amour est normalement ouvert sur son objet qu’il accueille avec respect en se tenant à la bonne distance. Le mal-amour, c’est l’amour qui se retourne sur lui-même, vide l’objet de sa substance, le dévore, le consomme et le détruit. Or, si notre époque valorise à l’extrême l’amour comme ce qui confère à l’existence sa grandeur, elle tend à ignorer ou à dissimuler la fragilité de l’amour, sa vulnérabilité au retournement ou à la perversion.

Voilà pourquoi la vie des disciples de Jésus ne se limite pas à contempler avec gratitude et émerveillement la présence de l’amour à toute vie. Elle est une marche à la suite du Christ, pour s’entraîner à identifier le risque de la perversion, afin de le surmonter. Elle est un engagement dans le combat spirituel où chacun affronte la dénaturation et la perversion toujours possibles de l’amour qui sont finalement notre tentation permanente dans les petites ou dans les grandes choses.

Pour vérifier ce que je vous dis là, relisez vos révisions de vie en vous posant cette question : comment sont-elles pour nous une école où nous apprenons à aimer en vérité ? Quel travail font-elles sur nous qui aboutit à la rectification de certaines de nos attitudes ? Comment, à la lumière des Écritures, nous apprennent-elle à aimer en vérité, c’est-à-dire comme le Christ nous a aimés ?

Question 3

 

Christiane Grimonprez : L’ACI nous a formé à une attention à la vie pour déceler la présence du Seigneur… mais de nouvelles questions apparaissent :

 

  • La relecture qui part de la vie pour aller vers un acte de foi est-elle immuable ? Ne peut-on pas aller de la Bible à la vie ? (Dans certaines équipes la méditation de Job a libéré la parole sur des souffrances de nos vies).
  • Des équipes nouvelles sont en demande de formation par rapport à la Bible. Sans se transformer en groupes bibliques, n’y a-t-il pas quelque chose à entendre ?

P. Henri-Jérôme Gagey : A ces deux questions la réponse est oui. Mais avant de développer ce point, un préalable : Comment désigner ce qui fait le chrétien ou la chrétienne ? Habituellement nous nous désignons ou nous sommes désignés par les autres comme des “croyants”. C’est bien vrai car nous le sommes ainsi que nous le disons durant l’eucharistie « Credo in unum Deum… et in Jesum Christum ». Mais cette désignation risque d’accentuer de manière sans doute unilatérale l’élément du contenu de la foi dans la vie chrétienne en laissant de côté l’aspect par lequel elle est le siège d’un travail incessant de conversion. Voilà pourquoi, sans exclusive bien sûr, j’ai tendance à privilégier pour nous désigner la dénomination de « disciples de Jésus ». J’ai au moins deux raisons à cela :

  • D’abord il y a d’autres manières d’être croyants que la nôtre. Même les athées les plus convaincus sont, à leur manière, des croyants parce qu’ils mettent leur confiance et leur espérance dans des idéaux et des promesses que le savoir ne contrôle ni ne valide. Eux aussi, ils risquent leur vie sur un horizon de confiance.
  • Ensuite parler d’un « disciple » c’est parler de quelqu’un qui se met à la suite d’un maitre et se laisse former et transformer par lui, et pas seulement « enseigner » au sens restreint et scolaire du mot.

Mais revenons à votre question. Vous dites : l’ACI nous a formés a une attention à la vie pour y lire la présence du Seigneur. Mais découvrir la présence du Seigneur à nos vies, découvrir le goût divin de la vie, cela demande tout un travail, toute une initiation. Ce que je voudrais illustrer à l’aide de la parabole de la dégustation du bon vin.

Si vous prenez une bouteille d’un très grand cru, que vous servez à 4° ou à 30°, après l’avoir correctement secouée, dans un verre mal lavé, vous ne ferez pas la différence avec la première piquette venue. Si vous voulez déguster un bon vin, vous choisissez le cru avec soin. Vous le débouchez le moment venu pour le chambrer ou, au contraire, vous le mettez dans un sceau à glace pour le rafraîchir. Le moment venu, vous le versez avec délicatesse dans un verre en cristal, vous en contemplez la robe. Vous le faites tourner dans le verre pour l’aérer et contempler la descente des esters. Vous le placez ensuite sous votre nez, en dilatant vos narines. Enfin, vous en avalez une gorgée que vous mâchez lentement et à ce moment-là, votre bouche devient comme un paysage. Ainsi, son goût, le bon vin ne le révèle qu’à ceux qui prennent le temps de le déchiffrer, de l’accueillir et de le garder. Et encore, n’ai-je fait référence qu’aux gestes de la dégustation. Car aux gestes il faut ajouter les mots qui permettent de distinguer les notes, les aromes et la texture du vin. Or, il faut apprendre à faire l’ensemble de ces distinctions pour que le vin révèle tout ce qu’il comporte. C’est un travail. Cela s’apprend. Et ceux qui n’ont pas le temps de se livrer à ce travail et à cet apprentissage ou qui ne veulent pas le prendre ne pourront jamais accéder à cette révélation.

Il en va de la vie chrétienne comme de la dégustation du bon vin. Vous ne découvrirez jamais le goût divin de la vie si vous ne prenez pas le temps, si vous ne prenez pas les postures, et si vous n’apprenez pas les mots qui vous permettront de le discerner et de le découvrir. Les mots nous sont donnés par les Écritures, relayées par les témoignages des chrétiens au cours des âges. Elles mettent en récit nos joies et nos drames, nos espérances et nos déceptions, nos ténacités et nos révoltes. Elles nous permettent d’en parler comme dans l’exemple du Livre de Job que vous avez donné.

Les attitudes à prendre pour découvrir le goût divin de nos existences nous sont données fondamentalement par la liturgie dans laquelle nous entrons « au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Ensuite on s’incline, ensuite on se redresse, puis on s’incline à nouveau devant la présence qui se manifeste etc. Ainsi la liturgie nous donne de prendre position face à la Parole. Alors, nous pouvons confesser notre péché, confesser la gloire de Dieu et confesser notre foi. C’est le cadre de la liturgie qui nous accorde le temps et les postures nécessaires pour accueillir la Parole et la laisser descendre en chacun de nous lors de la communion où nous mangeons la Parole pour qu’elle devienne notre vie. Sans familiarité avec la Parole et la liturgie, le partage de vie risque de devenir bavardage.

À l’époque de Marie-Louise Monnet, cette double familiarité avec l’Écriture et la liturgie caractérisait les « chrétiens assoupis » au point qu’ils pouvaient s’y rapporter de manière figée et formaliste. Voilà pourquoi, pour sortir de ce formalisme figé et endormi, on a tant insisté sur la nécessité de « partir de la vie » et sur l’importance d’en faire la relecture. On n’avait pas à insister sur le reste, qu’on pouvait considérer comme acquis. Mais aujourd’hui, c’est loin d’être acquis ! Au contraire cela semble plutôt oublié, effacé de notre mémoire. Or, si on ne le redécouvre pas, si on ne s’y laisse pas initier à nouveau cela ne reviendra pas tout seul. Voilà pourquoi il appartient aujourd’hui à la responsabilité de votre mouvement de faire faire à ses membres l’expérience de la Parole comme source de Vie, sans présupposer naïvement que c’est pour eux un acquis.

Cependant ne me faites pas dire ce que je ne dis pas. Je ne soutiens certainement pas que l’entrée dans la connaissance de Dieu s’opère exclusivement par la liturgie et la lecture de l’Écriture. En effet, Dieu n’est pas enfermé dans les églises et dans leurs rites. Il est le Dieu de toute notre vie et, comme nous le chantons, son « Esprit nous devance sur les routes humaines ». Il est le Dieu du quotidien. Mais comment le saurons-nous, si nous ne lui laissons pas le temps de nous le dire et de nous l’apprendre ? Si nous ne lui laissons pas le temps de nous initier au déchiffrement de sa présence dans le quotidien ? Souvent, nous considérons Écriture et liturgie comme le sommet auquel doit aboutir le partage de vie. Or elles sont tout autant les sources qui nous ouvrent à la possibilité de parler de la vie en vérité. Cette conviction je voudrais l’illustrer en référence à mon expérience de la célébration régulière de l’eucharistie en prison avec des détenus. Ce sont le plus souvent des personnes dont le passé est lourd et qui n’ont pas beaucoup de mots pour raconter leur vie. Souvent ils ont vécu dans de tels climats de mensonge qu’arriver à parler de leur vie en vérité leur est très difficile. L’expérience souvent faite par les personnes engagées dans l’aumônerie des prisons c’est que c’est la parole de Dieu, adressée et reçue dans la célébration, qui leur ouvre la bouche et leur permet de « parler leur vie ».

Cela ne veut pas dire que l’ACI devrait devenir une fédération de groupes bibliques. Vous gagnerez du temps à vous appuyer davantage sur les ressources de vos diocèses, de vos centres régionaux de formation théologiques. Mais il faut lire l’Écriture. Il faut la lire à longues lampées et pas simplement à petites doses. C’est pour cela que, plus haut, je vous suggérais de lire un évangile tout entier, le crayon à la main, comme un livre que vous n’auriez jamais lu. Il faut lire l’Écriture, Ancien Testament et Nouveau Testament tous ensemble. Souvent nous redoutons l’Ancien Testament parce qu’il raconte des histoires peu édifiantes d’hommes et de femmes violents qui se tuent et s’entretuent, se jalousent, sont confrontés à toutes sortes d’adultères et de mensonges. C’est-à-dire qu’ils sont comme nous ! Vous ne trouverez guère cela dans le Nouveau Testament. Si vous voulez retrouver le drame de votre vie avec Dieu et avec les autres dans son ambigüité et sa brutalité, lisez l’Ancien Testament et, après, vous pourrez voir comment Jésus vient l’éclairer et l’accomplir.

En majorité, vous avez certainement vu, aimé, adoré et revu le film « Des Hommes et des Dieux ». Or, ce film est une vraie catéchèse. Bien que le scénariste et le réalisateur ne soient pas des catholiques convaincus, loin de là, ils ont compris et donné à comprendre la trajectoire selon laquelle la parole chantée pendant la liturgie, scrutée avec attention dans la bibliothèque, méditée personnellement durant l’oraison, finissait par se configurer des lecteurs récalcitrants. Si vous cherchez à comprendre l’expression « l’Écriture s’accomplit » si souvent citée dans les récits évangéliques, ce film en est une magnifique parabole en nous racontant comment l’Écriture s’est accomplie dans la chair de ces hommes récalcitrants en venant à bout de leurs résistances et de leurs fermetures, en sorte que leur histoire s’est laissé configurer à celle de leur Seigneur.

Pour approfondir ce que je vous dis là du rapport entre Parole et liturgie, je vous suggère de lire un texte très important à mes yeux : “Quand la vie devient Parole”. Écrit par un collègue de l’Institut Catholique de Paris, le frère Patrick Prétot, moine de la Pierre qui vire, c’est la reprise de son intervention au Conseil National de l’ACI en mars 2004 dont votre mouvement n’a peut-être pas épuisé toutes les ressources…

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Question 4

P. Olivier Vandome et Pierre Fleutot : Marie-Louise Monnet disait : « Si le monde où Dieu nous a placés est aujourd’hui engagé dans un mouvement croissant de va et vient où se multiplient les relations non suivies, les rencontres d’un jour (…) ne serait-ce pas une invitation à revisiter nos conceptions de l’apostolat, de l’engagement ». Aujourd’hui quelle est la mission de l’ACI ? Le mouvement sert une expérience ecclésiale de partage, de confiance, d’écoute… mais le risque serait de se limiter à être des groupes de parole où chacun, à l’aide des autres, tente de voir plus clair dans son existence personnelle, dans ses diverses responsabilités. La question se pose d’être effectivement disciple et apôtre ? Que devient l’annonce, cette dimension qui peut permettre à l’autre de repérer la source ?

P. Henri-Jérôme Gagey : Vous vous demandez comment définir le caractère missionnaire du mouvement. La difficulté ici c’est que l’on risque d’identifier immédiatement l’engagement missionnaire avec l’annonce explicite de l’Évangile, orientée vers l’appel à devenir disciple. À titre personnel, je n’ai aucun doute sur le fait qu’il incombe effectivement à l’Église, à travers ses divers groupes, mouvements et communautés, de faire résonner l’appel à devenir disciple de Jésus. Mais, pour appartenir véritablement à l’Église du Christ, toutes les instances ecclésiales doivent-elles vivre immédiatement et exclusivement la mission sous cette forme ? Je ne le crois pas. En particulier, une définition aussi stricte de la mission ne correspond pas à la manière même dont Jésus a vécu et a accompli sa propre mission. En effet, en simplifiant les choses, on peut considérer que l’exercice de sa mission par Jésus comporte trois dimensions qui doivent être distinguées même si elles sont inséparables les unes des autres.

  • Premièrement, Jésus est l’homme qui passe, en faisant du bien, comme le dit Pierre dans son discours en Actes 2. Il reconnaît chez ceux qu’il croise une foi en la vie qu’il libère et réveille. C’est ce qui se passe dans ces rencontres sans suite, où Jésus n’invite pas ses interlocuteurs à le suivre. Il leur fait du bien. Il les remet debout. Il leur rend leur dignité, il les libère de leurs démons ou de la culpabilité qui les écrase, puis il les laisse retourner chez eux, sans les retenir.
  • Ensuite, l’activité missionnaire de Jésus passe par son débat avec les autorités religieuses et morales de son temps mettant en cause leur interprétation étroite de la loi et de la tradition qui finit par nourrir l’hypocrisie et le mensonge. Dans ces moments-là, Jésus est d’une délicatesse, disons, modérée, comme on le voit à sa manière de traiter les plus pieux de ses contemporains de “sépulcres blanchis » et « d’hypocrites ». Dans ces moments-là Jésus n’a rien du parfait « chic type plein de gentillesse » conforme au portrait conventionnel qu’on dresse souvent de lui. Jésus alors, s’adresse à des gens comme lui, c’est-à-dire des gens bien formés dans la tradition des Pères, pieux au meilleur sens du terme et désireux de vivre et de promouvoir une authentique fidélité à la volonté de Dieu, mais qui, selon lui, corrompent l’interprétation de la volonté de Dieu. Or, aujourd’hui qui sont les gardiens de la loi ? Ce ne sont plus nécessairement des chefs religieux légalistes et ritualistes. Ce peut être tout aussi bien ces humanistes officiels, témoins du très noble et très valable évangile des droits de l’homme, mais dont la manière de traiter ce message risque de produire des fruits qui le contredisent et en pervertissent les idéaux. Tel est le deuxième aspect, « critique » de la mission de Jésus quand il engage le combat pour sauver l’authentique interprétation du vrai, du bien et du beau.
  • Enfin, il y a ces récits qui nous représentent Jésus demandant à certains de tout quitter pour le suivre et de s’associer à sa prédication de l’Évangile. Ceux-là l’ont découvert comme celui qui a les paroles de la vie éternelle et ils lui disent comme Pierre, “A qui irions-nous Seigneur ? Tu as les paroles de la vie éternelle”. Ils vont suivre son cheminjusqu’à Jérusalem, en montrant à plusieurs reprises, particulièrement dans le cas de Pierre, qu’ils n’y comprennent rien. Ils s’engagent sur un long chemin où leur faudra se laisser ouvrir le cœur pour comprendre que le Fils de l’Homme doit être livré aux mains des pécheurs. Sur ce chemin, ils ne comprendront qui est vraiment le Christ que lorsque, à la lumière de Pâques, ils découvrent que tout son existence jusqu’à la Croix le révèle comme l’homme des Béatitudes, l’homme miséricordieux qui pleure et souffre, qui a faim et soif de la justice de Dieu ; l’homme persécuté dont on dit toute sorte de mal à cause de l’Évangile.

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L’Eglise dans l’ensemble de ses composantes, doit accomplir et accomplit effectivement, ces dimensions caractéristiques de la mission de Jésus. Mais il n’est pas sûr que chaque composante de l’Église doive accomplir chacun d’entre eux avec la même intensité. Voilà pourquoi vous avez à vous demander laquelle de ces manières d’accomplir aujourd’hui la mission de Jésus correspond le mieux à l’intuition fondatrice, au charisme, de l’ACI. Faire ce choix ne signifie pas qu’on peut se concentrer sur l’une en rejetant les autres mais seulement que l’une peut constituer l’accent dominant pour un mouvement donné alors qu’à d’autres groupes ou communautés il revient d’en privilégier d’autres. Ce choix il vous revient de le faire en fonction de multiples critères qui dépassent ma compétence mais on peut au moins en éclairer quelques enjeux pour votre mouvement.

J’adapte ici à votre situation ce que je disais du premier aspect de la mission de Jésus qui était « de passer en faisant du bien ». Il correspond à ce que l’ACI vous pousse à vivre, le plus souvent de manière informelle, auprès de vos proches et dans vos réseaux amicaux : une présence aussi discrète qu’attentive aux personnes dans des rencontres et des échanges où vous vous mettez passionnément à leur écoute de manière à leur faire dire et à recueillir d’elles leur passion de vivre, les exigences qui leur tiennent à cœur, l’amour qui les déborde.

Cette capacité d’écouter, d’être attentif à l’autre, c’est une manière de « passer en faisant du bien ». Parfois ce type d’échanges peut déboucher sur des questions spirituelles, sur la possibilité de la foi, et amener les interlocuteurs à dire où ils en sont à ce sujet. Alors votre témoignage pourra aiguiser leur intérêt, les provoquera à relancer une quête spirituelle refoulée. Ce n’est pas obligé ; ça vient quand ça vient. Et de toute façon, si vous les aimez, heureusement que ce n’est pas pour les convertir. En effet, il n’y a rien de plus horrible que « le catho de service » qui ne s’intéresse aux autres que tant qu’il a l’espoir de les convertir alors que, si cet espoir est déçu, il cesse de s’intéresser à eux. Cependant cette mission vécue dans l’attention passionnée aux autres a une limite : elle risque de ne s’accomplir que dans des échanges extrêmement individuels, intimes. Or, il serait sans doute intéressant de réfléchir à la possibilité de lui donner un tour plus collectif. Je vous donne une piste en ce sens que je ne développe pas suffisamment.

C’est sans doute une urgence aujourd’hui de créer des espaces pour réinventer des « savoir-vivre » par exemple dans le domaine de la vie de couple, de l’éducation des enfants, de la consommation des biens. Dans tous ces domaines, nous sommes tous un peu perdus, témoins de véritables catastrophes qui aboutissent à ruiner des existences. Ces catastrophes nous savons bien qu’elles ne sont pas simplement causées par des défaillances personnelles. Si dans les grandes villes, en France, une nouvelle union conjugale sur deux se défait, ce n’est pas simplement parce que nos contemporains seraient devenus des hédonistes vicieux qui ne pensent qu’à leur plaisir. Les raisons en sont collectives. Elles sont liées à la transformation de nos conditions d’existence, aux pressions qui s’exercent sur nous dans les domaines des conditions de travail, de logement, de l’accès aux nouvelles technologies etc. Voilà pourquoi il ne suffit pas de faire la morale. Voilà pourquoi il ne suffit même pas de proposer un approfondissement spirituel sur le sens de la fidélité. Dans tous ces domaines, il y a des pratiques sociales nouvelles à inventer. Il y a de nouvelles pratiques de couple, de famille à mettre sur pied, pour redonner consistance à l’union conjugale et à la responsabilité parentale dans un monde où elles ont tellement été bouleversées et en même temps tellement idéalisées. Dans quelle mesure vos réunions, votre vie en mouvement, sont-elles un lieu où vous apprenez discrètement, empiriquement, mais réellement ces nouvelles pratiques ? Et s’il se trouve que cela existe vraiment, qu’est-ce que vous faites pour le partager plus collectivement ?

On pourra dire la même chose des problèmes économiques. Certains ici sont victimes de la crise économique dont ils subissent les conséquences. D’autres en sont tout à la fois les victimes et les complices parce que, en raison de leurs responsabilités professionnelles, ils sont associés à des mesures qui vont faire du tort aux autres. Là encore c’est collectif. Alors dans quelle mesure est-ce que la vie en ACI vous aide à inventer de nouvelles pratiques pour traverser ces responsabilités et ces difficultés, sans en être détruit intérieurement ? Si c’est le cas, et j’aurais tendance à le penser, comment le partager plus collectivement ?

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 Autre piste : Comment résister à la fureur du “consommer plus” qui finit par broyer tant de personnes. Contre cela, il importe d’inventer des formes de vie plus sobres, moins engluées dans l’acquisition et la consommation des objets. En effet, il ne suffit pas de crier “toujours moins” pour résister au “toujours plus”. Il ne suffit pas de faire la morale. Bien sûr, nous sommes, pour partie, les complices de cette culture de la consommation dont nous repérons les effets néfastes dans nos existences personnelles autant que collectives. Mais il s’agit de bien plus que de choix individuels. Sont en cause des usages collectifs et une structuration de la société qui nous débordent. La résistance ne peut pas être seulement individuelle, elle passe par l’invention de nouvelles pratiques sociales. J’ai lu il y a déjà quelques années le livre d’un jeune théologien américain, Vincent Miller, professeur à Washington, intitulé Consuming religion[1] (Consommer la religion). L’auteur y expose comment les résistances à la société de consommation de la part des Églises et des autres religions et groupements spirituels ont le plus souvent échoué, parce qu’elles se cantonnent au niveau du moralisme. Or, dit-il, la seule manière de résister aux comportements que la société nous impose et qui déterminent notre engagement dans l’existence de manière à faire de nous des consommateurs addictifs, c’est d’inventer d’autres pratiques sociales qui rendent plus désirable et plus facile à vivre l’option de résistance. En particulier, comment pourrons-nous résister à la pression du « consommer toujours plus » sinon en apprenant à « consommer bien » ?

Sur tous ces chantiers, (et il y en aurait beaucoup d’autres : le vieillissement, la dépendance, etc.), nous avons un trésor d’expériences et de pratiques à partager. Cela peut certainement se faire dans des échanges interpersonnels. Mais n’y a-t-il pas aussi à inventer des espaces d’accueil et de discernement ? Inviter nos amis et connaissances à partager sur ces questions, non pas

d’abord pour qu’ils rejoignent notre mouvement, mais pour que le mouvement les rejoigne au cœur de leurs existences et en éclaire quelque chose d’important. Ils n’adhéreront peut-être pas. Ce n’est pas le problème, si à cette occasion une dimension de leur engagement dans l’existence a été renouvelée. La première question qui m’a été posée demandait : quel peut être le rôle d’un mouvement d’action catholique en milieux indépendants ? Un élément de réponse pourrait être : contribuer à l’invention de nouveaux arts de vivre et de nouvelles pratiques sociales. Cela suppose que nous engagions un discernement sur ce qui nous arrive aujourd’hui ; sur les idéologies, les visions du monde, les pratiques sociales qui nous influencent et nous façonnent.

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Ici, je rejoins le deuxième aspect, « critique » de la mission de Jésus exposé plus haut : son débat, parfois son affrontement avec les représentants officiels de la foi juive, ne trouvent-ils pas des prolongements dans un débat à engager avec certains traits de l’idéologie aujourd’hui dominante et ses nouveaux docteurs de la loi et « prédicateurs officiels » ? Les messages et les symboles diffusés au travers de tant de films, émissions de radio, reportages, etc. promeuvent le plus souvent des idéaux très hauts et très nobles : appel à la dignité de la personne humaine, aux respects des droits de l’homme, etc. mais parfois au risque de les tordre, de les falsifier, de leur faire produire des effets réels qui en contredisent le contenu. Alors l’appel à la dignité de la personne humaine conduit parfois à la justification de conduites dégradantes, etc. Notre ouverture nécessaire aux dynamismes les plus profonds qui animent nos milieux doit être conduit avec discernement en osant la résistance à la part de mensonge qui les habite et qui, naturellement, nous habite nous-mêmes. Nous avons des « non » à opposer à ce que cette société fait de nous. Mais il est vain de proclamer hautement ces « non », si  nous ne les accompagnons pas de contre-propositions. Je donne un exemple ancien : dans les années 90, la propagande, disons discriminatoire, de certains partis politiques suscitait de nombreuses polémiques engagées au nom des droits de l’homme et de l’égalité en dignité qui doit être reconnue à tous, sans distinction de races, de culture, etc. Dans ce contexte les évêques d’Île de France firent une déclaration dont j’ai retenu ceci qui m’a interpelé : Certainement il faut « accueillir l’étranger » mais cette exigence se vide de son sens si elle reste un mot d’ordre général. Si nous voulons la prendre au sérieux, nous devons nous demander quelle place nous faisons aux étrangers dans nos églises. Y sont-ils vraiment chez eux, en sorte que nos assemblées constituent des espaces de rencontre fraternelle où se réalise déjà la promesse d’une rencontre heureuse des différences ? » J’avais trouvé cela très provoquant. Face au problème réellement difficile de la coexistence de personnes de cultures différentes, les mots d’ordres généreux émis au nom de l’exigence d’égalité sonnent faux tant que l’on ne met simultanément en œuvre de nouveaux usages, de nouvelles pratiques sociales, capables de faire la preuve que l’exigence évangélique d’une fraternité inconditionnelle peut se réaliser concrètement et porter du fruit.

Je viens d’énumérer trois aspects de la mission : 1) accueil inconditionnel du meilleur des aspirations qui font vivre les personnes de nos milieux, 2) débat critique avec la manière dont elles sont présentées par leurs porte-parole officiels dans les médias, 3) inventions de nouvelles pratiques sociales donnant une forme positive aux « nons » qui expriment notre refus ou notre dénonciation de ce que cette société fait de nous. Si ces trois aspects sont effectivement vécus, il se trouvera des gens qui demanderont à boire à la source de l’Évangile. Nous nous approchons ici du dernier aspect de la mission comme appel à devenir disciples.

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Pour aborder ce point, trop rapidement, je me réfèrerai à ce que j’ai vécu lorsque j’ai été invité à animer une session théologique sur la mission organisée par les évêques des quatre diocèses d’Algérie. Mgr Henri Teissier, à l’époque archevêque d’Alger, en m’adressant cette demande, m’avait expliqué que cela supposait que je prenne, au préalable, le temps de me sensibiliser à l’expérience de l’Église d’Algérie pour en découvrir l’histoire et les questions. J’ai donc fait trois séjours passionnants en Algérie pour rencontrer les « missionnaires » qui y résidaient. « Missionnaires » c’est ainsi que les désigne souvent la population algérienne, alors qu’ils n’utilisent pas volontiers ce terme pour parler d’eux-mêmes. Ces personnes sont souvent installées en Algérie depuis longtemps et, dans l’anonymat et la discrétion, elles s’y livrent sans compter à un témoignage d’amitié où elles disent sans difficulté accueillir autant qu’elles apportent, tout en se dépensant à « faire du bien » par la création et l’animation d’une grande bibliothèque ici, de cours d’anglais là, etc. Elles essaient de servir en se retenant de faire du prosélytisme. Il était d’ailleurs pour moi impressionnant de voir à quel point certains refusaient de définir leur présence en termes de présence « missionnaire » au sens strict d’un appel à adhérer à l’Évangile. Or il se trouve, comme une heureuse surprise, que, du fait qu’ils avaient payé le prix de cette présence aimante à l’occasion de la mort de 19 prêtres, religieux et religieuses assassinés par les intégristes ou le Djihad islamistes, un certain nombre d’habitants du pays ont frappé à la porte pour demander à faire la découverte de l’Évangile.

Que retenir de cet exemple « extrême » en ce qui concerne la vocation missionnaire de votre mouvement ? Cet aspect de la mission, ne s’accomplit pas comme l’aboutissement d’une stratégie de conquête ou de reconquête. Il est plutôt l’événement d’une « surprise » qui survient quand le signe de l’exigeant amour de la Vie auquel nous appelle le Dieu de Jésus-Christ ayant été posé avec force, certains de ceux qu’il a atteints veulent en découvrir la source et s’y désaltérer.


[1] Vincent J. Miller, Consuming Religion. Christian Faith and Practice in a Consumer Culture, Continuum, New York – Londres, 2005.

JOYEUX NOËL !

«Je suis une femme ordinaire» disait Marie-Louise Monnet. On pourrait en dire autant de Marie, jeune fille « sans diplôme », d’un bourg ordinaire de Galilée, promise en mariage à un charpentier ordinaire, Joseph, bien qu’il fut descendant de la maison de David. Un couple à la vie ordinaire. Nous savons que ce sera l’obstacle majeur pour reconnaître, plus tard, en Jésus le Messie :

« De Nazareth, que peut-il bien sortir d’extraordinaire ? »

(extrait de l’homélie du P. Thierry Lamboley à la messe du 18 décembre en l’honneur de Marie-Louise Monnet)

 


LE TEXTE DE LA PRESENTATION DE L’HISTOIRE DE L’ACI

Vous n’avez pas pu voir – ou vous souhaitez revoir – la messe en l’honneur de Marie-Louise Monnet dimanche 18 décembre à Bischheim ?

Cliquez sur le lien : Revoir la messe du 18 décembre

Le texte de l ‘homelie du P. Thierry Lamboley, S.J.

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Le blog continue de publier les actes de Poitiers 2011 :

Voici le texte de la présentation de l’histoire de l’ACI

Un parcours historique …… de la fondation à nos jours

Depuis la création de l’ACI, les modes du vivre-ensemble, social et ecclésial se sont profondément modifiés. Nous vous proposons de découper ces 70 ans en  3 époques :

- Le temps de la fondation

- Les premières grandes mutations dans la société, l’église et l’ACI (1962 – 1965)

- Face aux changements de société et aux crises économiques :

A) les années 70

B) les années 80 – 90

C) des années 2000 à nos jours

1 – LE TEMPS DE LA FONDATION

Le contexte

L’ACI nait pendant la deuxième guerre mondiale. La IIIème République disparaît avec l’occupation de la France par les nazis. Les principes républicains n’existent plus : privation des libertés, pénurie, collaboration, fracture du lien social.

La société française hérite des tensions sociales :

- l’impact de la Commune sur la formation de la conscience ouvrière.

- la violence du conflit entre les anticléricaux et l’Eglise, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat

- la guerre de 14/18 a tué une grande partie des jeunes hommes qui manquent cruellement à la société des années 40

- la naissance du communisme a des conséquences sur le plan international : le parti communiste est le premier parti de France.

A cette époque, la société très cloisonnée est marquée par les situations d’injustice nées de la révolution industrielle. Le monde ouvrier prend conscience de sa condition et s’affirme dans une recherche de dignité et de droits

 L’Église

L’Eglise se montre attentive à cette prise de conscience ouvrière. Sa Hiérarchie exprime une volonté de travailler pour la justice et la paix : ce qu’il faut refaire, c’est le cœur des hommes !

Ainsi en 1931 Pie XI lance un appel Lire la suite

MESSE TELEVISEE EN L’HONNEUR DE MARIE-LOUISE MONNET

Pendant l’Avent, Le Jour du Seigneur donne un coup de projecteur sur des femmes engagées corps et âme pour des causes, des gens, des idées, des convictions.

Dimanche prochain 18 décembre, à 10 heures 45,

en l’Église de Bischheim (Bas-Rhin),

Le Jour du Seigneur  consacre sa messe télévisée (sur France 2)

à la commémoration de Marie-Louise Monnet,

à l’occasion des 70 ans de l’Action Catholique des Milieux Indépendants.

Cette célébration, préparée par les membres de l’ACI locale,  se situe à la veille de l’année du cinquantenaire de l’ouverture du Concile Vatican II, auquel Marie-Louise fut la première auditrice laïque.appelée à participer par Paul VI

 La prédication sera assurée par le père jésuite Thierry Lamboley.

Grâce au site de l’AELF, vous pouvez vous préparer à la célébration de dimanche prochain en lisant à l’avance les lectures.

Si vous avez un empêchement, vous pourrez Revoir la messe du 18 décembre

Paysanne d’origine, la famille Monnet va rapidement s’enrichir dans le négoce du cognac. Le père, Jean-Gabriel Monnet parle allemand et voyage beaucoup pour visiter ses clients en Russie, Suède, Allemagne. Il s’occupe aussi de sociétés de secours mutuel.

La mère, Maria Demelle,  est aussi croyante que son mari est agnostique. « Nous étions la réserve dans laquelle la paroisse puisait pour animer sa chorale, ses patronages, ses groupes de guides et de louveteaux ».(Marie-Louise Monnet)

 La table familiale est ouverte aux étrangers venus d’Angleterre, d’Allemagne, de Scandinavie, d’Amérique. Les enfants participent aux repas « il y avait un incessant courant d’échanges de gens et d’idées, et des liens personnels qui humanisaient singulièrement le commerce ». «J’apprenais là, ou à partir de là, sur les hommes, sur les affaires internationales, plus que je ne l’eusse fait avec une éducation spécialisée. Je n’avais qu’à regarder et écouter » (Jean Monnet)

 Marie-Louise naît le 25 septembre 1902. Elle est la plus jeune d’une famille de quatre enfants. L’aîné, Jean, qui a alors 14 ans, retient deux choses de l’éducation familiale :

« Ma mère m’a appris qu’on ne bâtit rien si on ne s’appuie sur des réalités. Elle se méfiait des idées en elles-mêmes. Elle voulait savoir ce qu’on allait en faire ».

Lorsqu’il entreprend à dix huit ans son premier grand voyage au Canada, son père lui donne un conseil, qu’il donnera aussi à Marie-Louise: « N’emporte pas de livres. Personne ne peut réfléchir pour toi. Regarde par la fenêtre, parle aux gens. Prête attention à celui qui est à côté de toi ».

 Pendant la guerre, Marie-Louise mène la vie d’une jeune fille rangée, fait des études courtes dont elle se plaira à dire avec une certaine coquetterie : « J’ai fait les études qui étaient normales pour une jeune fille de mon milieu à mon époque, c’est-à-dire que je ne possède pas de diplôme, je suis une femme ordinaire ». Elle disait « mon baptême me suffit ». Elle consacrait beaucoup de temps à sa correspondance privée, mais confiait souvent à d’autres le soin de rédiger le fruit de ses réflexions. Son livre de mémoires Avec amour et Passion est l’oeuvre d’une équipe.

 La guerre finie, Jean est secrétaire général adjoint de la Société des Nations ; Marie-Louise fait plusieurs séjours auprès de lui, l’aide à tenir sa maison à Genève, à recevoir les délégations de tous pays ; témoin des efforts de dialogue et de construction d’une politique plus universelle, elle s’interroge : « Pourquoi les catholiques ne sont-ils pas présents à ces travaux qui façonnent le monde de demain ? ».

 Le 1° octobre 1931, elle fait une retraite à Lourdes. Un spectacle restera gravé dans sa mémoire pour la vie : une procession de cinq mille jeunes gens, portant habits et outils de travail. Ce sont des jeunes ouvriers et artisans belges, membres de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne rassemblés autour de leur fondateur l’abbé Cardjin qui fête ses 25 ans de sacerdoce.

Marie-Louise entend à cette occasion une citation de l’encyclique Quadragesimo Anno publiée quelques mois auparavant, le 15 mai 1931, par le pape Pie XI : « Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers seront des ouvriers. Les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels et des commerçants. »

Pour Marie-Louise, jeune fille de la bonne société, habituée depuis des années à s’occuper de jeunes ouvrières, le choc est énorme : « Choc décisif dont la résonance me suivra tout le long de ma vie… Ce que je faisais depuis douze ans au patronage de Cognac et dans l’Association des jeunes de la Ligue de Charente se cassait littéralement en morceaux devant moi ».

“Fille et sœur de négociants, j’étais bien enracinée dans ce monde du commerce. Les jocistes ont su répondre au vœu de l‘Eglise, entre eux, par eux, pour eux, ils veulent ramener au Christ tous leurs frères ouvriers. Je dois faire de même dans mon milieu.” (citée par Elisabeth Croquison)

A partir de ce jour, elle va consacrer sa vie à l’évangélisation du milieu social qui est le sien. Il ne s’agit pas de séparer les classes sociales mais plutôt d’observer la vie concrète, la culture, les mentalités, les valeurs et les limites communes à chaque milieu et de susciter de l’intérieur des militants, des apôtres, pour une transformation des personnes mais aussi pour une transformation collective.

Marie-Louise avait des responsabilités dans la branche jeune d’un mouvement d’adultes : la Ligue des femmes françaises. En peu de temps, les jeunes filles prendront leur indépendance vis-à-vis des adultes puis de la Ligue elle-même. En janvier 1935 (elle a donc 33 ans), Marie-Louise Monnet est la secrétaire fondatrice du mouvement de la Jeunesse Indépendante Chrétienne Féminine qui obtient son indépendance en 1936.

 A mesure que les jeunes deviennent adultes, se marient, exercent une profession et des responsabilités dans la société, apparaît la nécessité, d’une part, de laisser le mouvement aux mains des plus jeunes et, d’autre part, de permettre à ces adultes de continuer. En 1938, après quelques réticences, Marie-Louise accepte de fonder un mouvement baptisé dans un premier temps « les aînées de la Jeunesse indépendante Chrétienne Féminine » puis à la demande de la commission permanente des cardinaux et archevêques de France « Action Catholique Indépendante Féminine ». Marie Louise Monnet quitte ses fonctions précédentes et en devient secrétaire générale.

 Pendant la guerre, le mouvement d’adultes récemment fondé par Marie-Louise Monnet se développe rapidement. Le secrétariat national se replie à Cognac dans la maison familiale qui pourtant a dû loger des officiers allemands. Les responsables gardent constamment le contact, créent des équipes, font paraître et distribuent le journal de liaison, franchissent la ligne de démarcation entre zone libre et zone occupée grâce à des trésors d’ingéniosité.

Peu à peu, des hommes s’intéressent, des équipes se forment, jusque dans les camps de prisonniers. Il devient évident que le mouvement ne peut rester exclusivement féminin. En 1941 il devient mixte et prend le nom qu’il porte encore aujourd’hui : Action Catholique des milieux Indépendants.

L’ACI est devenue un mouvement important dans l’Eglise catholique. Comme tous les autres mouvements d’Action Catholique, il est encouragé, soutenu et même mandaté par les évêques. Le rôle et la mission propres des laïcs sont reconnus. Ces mouvements contribuent aussi à changer la société par la transformation des mentalités. Voici deux exemples : les conventions collectives et la législation sur le travail des employés de maison, la création et l’extension du réseau Accueil des Villes Françaises, doivent beaucoup à la réflexion et à l’action de membres de l’ACI.

 En Mai 1961, l’Action Catholique des Milieux Indépendants fête ses vingt ans à Rome, alors que se prépare le concile Vatican II convoqué par Jean XXIII. Marie-Louise connaît bien ce pape qu’elle a souvent rencontré lorsqu’il était nonce apostolique à Paris. Il est décidé que le mouvement français aura une antenne à Rome durant les sessions du Concile. Les échanges sont nombreux entre laïcs militants de tous pays, évêques et cardinaux de la curie ou du monde entier.

Ces rencontres, l’expérience et le travail de tous les mouvements d’Action catholique dans les années passées contribueront grandement à l’élaboration du Décret conciliaire sur l’Apostolat des laïcs publié en 1965. Elle côtoie dans cette commission le futur Jean-Paul II.

 Grâce aux voyages, et au dynamisme des militants, l’intuition de l’Action Catholique franchit les frontières, des mouvements pour l’évangélisation des milieux indépendants se créent en Belgique, Espagne, Suisse, Côte d’Ivoire, au Portugal, aux Iles Maurice, au Canada, en Italie, en Amérique Latine, au Moyen Orient, à Madagascar en particulier, il a une expansion rapide et une influence notable.

En mars 1964 est fondé le Mouvement international d’Apostolat des Milieux Sociaux Indépendants ou Miamsi. Marie-Louise Monnet, bien qu’elle ne parlait que le français, en est élue présidente, voici ce qu’elle en dit : « Le MIAMSI ce n’est pas seulement une question de statuts, de réunions, d’Assemblées générales ; c’est d’abord des cœurs d’hommes et de femmes s’ouvrant aux dimensions universelles de la mission de l’Eglise, capables d’accueillir en eux, au nom de Jésus, le monde entier ».

 C’est au moment où ce jeune mouvement est en train de naître, que le dimanche 20 septembre 1964, le pape Paul VI annonce la nomination de Marie-Louise Monnet comme auditrice à la troisième session du Concile Vatican II, elle est la première femme laïque appelée à ce poste.

Le lendemain, elle fait face à l’assaut des journalistes :

« De toutes les questions qui m’ont été posées, je retiens celle-ci qui me semble être la plus révélatrice, j’étais interrogée sur les diplômes que j’avais obtenus au cours de mes études. Ma réponse était des plus simples : j’ai fait celles qui étaient normales pour une jeune fille de mon milieu à mon époque, c’est à dire que je ne possède pas de diplôme, je suis une femme ordinaire. Ces derniers mots devaient connaître une fortune étonnante et je fus surprise de recevoir des correspondances de femmes ordinaires qui me disaient quels encouragements pour leur vie quotidienne elles avaient tiré de ces simples mots ».

“Des femmes comme Marie-Louise Monnet (France), Rosemary Goldie (Australia), Pilar Bellosillo, Jose et Luz Alvarey-Incazas, parlaient avec des évêques lors de réunions en marge du Concile, ainsi qu’à des femmes journalistes, en particulier la Belge Betsy Hollants . C’est par la pratique de l’hospitalité que ces femmes acquirent de l’influence sur le Concile. Leurs maisons étaient ouvertes aux évêques et séminaristes. A la fin du Concile, elles avaient reçu plus de 1000 évêques dans une atmosphère détendue où l’on apprenait à mieux se connaître et à parler en toute liberté ».

En janvier 1966 Marie-Louise Monnet abandonne la présidence de l’ACI pour se consacrer à l’extension et à la consolidation du Mouvement international. Elle s’installe à Rome dans le quartier du Trastevere et continue à recevoir à sa table sa famille, les prélats, les ambassadeurs ou les gens ordinaires du monde entier, suivant en cela la tradition familiale et le conseil que son frère donnait à ses collaborateurs : « ayez avant tout une salle à manger », tant les relations humaines sont essentielles à leurs yeux. Elle voyage aussi beaucoup pour visiter les équipes en particulier en Amérique Latine, Afrique du Nord et Madagascar.

En septembre 1986, approchant de quatre-vingt quatre ans, elle se retire à Tours chez les Petites Soeurs des Pauvres d’où elle continue à suivre l’évolution des mouvements qu’elle a contribué à fonder.

Elle meurt discrètement à Tours le 2 novembre 1988. C’est l’année du centenaire de la naissance de Jean. Et une semaine après la mort de Marie-Louise, le 9 novembre, les cendres de Jean Monnet sont transférées au Panthéon.

Sources principales : Micheline Poujoullat, Elisabeth Croquignon, Alain Leveque, Mémoires de Jean Monnet, Marie-Louise Monnet (Avec Amour et Passion).


L’INTERVENTION DE DOM JEAN-PIERRE LONGEAT

Assises de l’Action Catholique des Milieux Indépendants

Intervention de Dom Jean-Pierre Longeat, abbé de saint Martin de Ligugé

12 novembre 2011

Jean-Marc Duroy : Frère Jean-Pierre, c’était hier la fête de saint Martin, fondateur de votre communauté monastique, la plus ancienne d’occident dont vous fêtez le 1650ème anniversaire. Soldat, moine, évêque, personnage plein de contrastes, Martin est devenu célèbre au Moyen-âge au point de laisser son nom à plusieurs centaines de communes en Europe et à une vingtaine de personnes dans cette salle. Comment expliquez-vous que Martin soit devenu une telle star médiatique et vous-même en tant que bénédictin, que retenez-vous de l’héritage spirituel de ce moine hors normes ?

Dom Jean-Pierre Longeat

Prendre la parole après toutes les interventions si pertinentes que vous venez d’entendre précédemment est très difficile !  Parler de saint Martin sera une bonne amorce à mon propos.

Je pense que Martin a touché le cœur des personnes qui l’ont croisé d’une manière telle qu’elles ont été  profondément ébranlées, comme ce fut le cas avec d’autres saints tout au long de l’histoire, mais avec saint Martin tout particulièrement.

C’est un homme qui allie les contraires. Il est capable d’une profondeur telle qu’on a du mal à le suivre jusque-là et en même temps il fait preuve d’une présence à autrui si forte, si actuelle, si constante que l’on se sent rejoint par lui avec beaucoup de simplicité, et ceci est un trait de son caractère dès le temps où il était catéchumène, Alors qu’il était encore soldat, il avait un comportement avec ceux qui étaient sous ses ordres qui manifestait ces deux dimensions à tel point que ses serviteurs eux-mêmes se sentaient totalement bouleversés par la relation avec celui qu’ils finissaient par nommer « le soldat du Christ ». Je crois que comme moine, comme évêque, c’est en tenant ces deux aspects de la vie humaine, la profondeur et l’actualité de la présence, que saint Martin est arrivé à modifier un paysage qui, il faut bien le reconnaître, n’était pas de tout repos au 4ème siècle. En effet, il ne brillait pas par sa cohérence culturelle, religieuse et sociale. Il y a vraiment là, chez Martin, une œuvre d’Évangile qui rejoint d’ailleurs le propos que j’aimerais vous tenir cet après-midi : un travail d’humanité qui est un profond chemin de spiritualité.

Il me semble que le sens et le but de notre existence, c’est la relation entre nous, la relation entre tous. Nous sommes appelés à être des hommes et des femmes pleinement réussis dans la mesure où nous parvenons à entrer en relation les uns avec les autres d’une manière harmonieuse. Lorsque la relation est possible, le paradis est ouvert ; lorsqu’elle n’est pas possible c’est l’enfer.

Il y a lieu évidemment de considérer ce but de l’existence dans toute sa dimension. Vous remarquerez qu’une telle perspective est éminemment chrétienne car le Christ Jésus n’invite à rien d’autre qu’à l’amour fraternel, à la relation fraternelle réussie, ouverte, largement ouverte, avec qui que ce soit. Plus j’avance dans la foi, plus je me dis qu’il y a dans le message de Jésus une dimension d’universalité vraiment impressionnante.

Je suis sensible au fait de me retrouver avec vous cet après-midi en ACI, parce que j’ai partagé moi-même un peu la vie de l’une ou l’autre équipe d’ACI pendant le temps de formation que j’ai suivi au séminaire d’Issy-les-Moulineaux. Cela m’a touché beaucoup, dans la mesure où j’ai pu percevoir que ce qui est en jeu dans les équipes des mouvements d’action catholique en général, c’est bien les relations qui se nouent entre vous à tel point qu’elles deviennent des lieux de révélation. Je pense qu’il y a là un livre de vie qui est ouvert pour chacun afin d’y recevoir en plénitude la vie de Dieu telle que nous la reconnaissons explicitement en tant que chrétiens.

Une question était posée tout à l’heure : comment faire pour accueillir au sein d’un groupe les personnes qui ne se diraient pas forcément chrétiennes. Je pense que vraiment, la première manière de rencontrer tout homme qui se présente en ce monde, c’est d’ouvrir avec lui ce livre de la vie. Le livre de la vie n’est pas simplement une réflexion sur la vie, mais c’est une manière d’accueillir dans la foi, la vie essentielle, la vie de Dieu, au cœur de notre existence de chair. Le Christ lui-même tel qu’on le voit dans l’Evangile n’a pas opéré autrement. Il a accueilli les personnes et il a ouvert avec elles le livre de la vie. Sur cette base, il lui a été possible, comme il nous est  possible à nous aussi, de parler de ce à quoi il croyait, de parler du Père, de parler d’un Dieu relationnel, d’un Dieu d’amour. Dieu n’est pas une monade, un être lointain,  perché tout là-haut. C’est un être de relation et pour caractériser cette relation, nous le reconnaissons comme Père engendrant un Fils dans le Souffle qui les relie. D’une certaine manière bien sûr, il y a là un anthropomorphisme pour parler de la relation qui est en Dieu. Il ne s’agit pas de formaliser les choses d’une manière trop littérale, mais il y a bien cette relation du Père qui donne tout à son Fils, d’un Fils qui rend tout à son Père dans le souffle de l’Esprit en le partageant à tous les êtres créés, aux hommes et aux femmes en particulier, qui peuvent être conscients de cette relation et accepter de la vivre dans la liberté.

Le but de notre existence qui a une portée universelle et qui est partageable par tous, c’est la capacité de relation ; il me semble qu’il y a là un travail d’humanité dans lequel nous avons à nous inscrire de manière prioritaire, A plus forte raison aujourd’hui, dans une société qui peine à se construire en des “ensembles” harmonieux. Vous savez bien que la porte d’entrée de compréhension de l’existence aujourd’hui, c’est l’individualité. Ceci est inscrit dans les mentalités depuis un certain nombre de siècles. Or en christianisme, la porte d’entrée de compréhension de l’existence, c’est la communauté. La communauté est éminemment le lieu de la relation qui annonce la vie de Dieu. Il y a là, c’est d’ailleurs ce qui se vit déjà dans le mouvement ACI, une attention prioritaire où la relation entre nous n’est pas simplement de l’ordre de l’amitié ou des opportunités qui font que nous nous retrouvons ensemble, mais plutôt d’un appel à aller plus loin dans ce domaine et le partager largement. C’est un vrai travail de révélation spirituelle.

Une fois qu’on a dit ça, on n’a pas tout dit. Car nous le savons, tous, nous butons toujours sur la possibilité de vivre une relation harmonieuse avec autrui et c’est là que je voudrais vous proposer deux pistes d’approfondissement qui me semblent aussi importantes l’une que l’autre, pour parvenir à réaliser ce à quoi nous sommes appelés dans cette relation harmonieuse que par ailleurs le Christ appelle le « Royaume ».  Voici ces deux pistes de travail qui rejoignent encore une fois les personnes que nous rencontrons, que nous croisons, avec qui nous vivons et qui ne sont pas si loin de ce que vous pratiquez déjà.

La première piste est celle que l’on pourrait nommer “inspiration”.  Si nous ne comptons que sur nous-mêmes pour construire la relation, c’est impossible. Il s’agit d’être ouvert à quelque chose qui vient d’on ne sait où, et qui nous entraîne on ne sait où non plus. Le mot « inspiration » avec la spiration, la respiration, l’expiration : autant de mots qui évoquent le souffle, l’esprit. Ce souffle dont on ne sait ni d’où il vient, ni ou il va, traverse nos existences, et nous avons à y être disponibles. Il y a là une priorité pour arriver à la relation entre nous : se laisser inspirer, se laisser traverser par un souffle qui est plus grand que notre seule vitalité personnelle. Evidemment, croire qu’il puisse y avoir ainsi une inspiration indique que nous croyons possible ce quelque chose venu d’ailleurs sans savoir d’où. Et cet ailleurs manifeste que nous croyons ne pas être enfermés dans ce seul ici et maintenant. Il y a autre chose, une autre dimension et pas simplement un côtoiement d’individus ; l’inspiration implique un troisième terme qui permet la relation entre les humains. Jésus appelle ce troisième terme « le Père » ; mais ceux qui ne croient pas en lui ont tout autant la nécessité de recourir à d’autres médiations.

Je voudrais vous raconter à ce sujet l’une ou l’autre expérience que je peux avoir concrètement avec des personnes que je rencontre.  Nous avons choisi à Ligugé d’être attentifs aux milieux artistiques, soit au milieu de la musique, soit au milieu des arts plastiques puisque nous avons un atelier de fabrication d’émaux sur cuivre. On peut dire qu’avec les personnes que nous rencontrons pour créer, cette dimension de perception d’un autre terme est constamment d’actualité : il y a là pour nous tous ensemble un lieu de rendez-vous tout-à-fait extraordinaire. C’est le déclic d’une mise en œuvre ; c’est l’accompagnement d’une expression et le recueillement de ce qui suit le vécu, souvent dans un silence extrêmement profond, en tout cas dans une attention tout-à-fait merveilleuse. Cette dernière m’a permis de dire à tel ou tel en toute liberté que nous avions finalement la même religion, parce que cette inspiration était plus forte que nous, qu’elle nous entraînait dans un lieu qui à la fois nous précède, nous unit et nous dépasse, qui va au-delà de ce que nous sommes et nous fait reconnaître dans ce qui s’est créé et ce qui s’est partagé entre nous par la médiation de cette création, comme un lieu de religion, c’est-à-dire, un lieu où l’on est relié. Vous savez que l’étymologie du mot religion est exactement la même que celle du mot relation. Sans cette « inspiration », impossible de rejoindre celui qui est beaucoup plus loin de moi dans ce qu’il professe. Mais avec cette inspiration, alors tout devient possible. Je crois très honnêtement que nous ne sommes pas aujourd’hui seulement dans une crise de vie sociale, économique et politique. Nous sommes dans une crise de la transcendance :  il n’y a pas de troisième terme, nous ne savons pas reconnaître que nous venons de quelque chose qui nous a fait, de quelqu’un que nous reconnaissons comme créateur et dans la mesure où nous ne reconnaissons pas cette inspiration qui nous traverse constamment et qui est la même pour tous (nous respirons le même air, le même esprit), dans cette mesure-là, il n’y a pas de relation et donc il n’y a pas d’échange, pas de possibilité de vie sociale, de vie politique, de vie économique. Je suis pour le libre-échange spirituel comme réponse à la crise ! Je pense qu’il y a là un travail d’attention qui est notre principale ascèse. Il ne s’agit pas de se priver de toutes sortes de choses pour être plus parfait. Il s’agit de se rendre de plus en plus disponible pour accueillir quelque chose qui n’est pas seulement de nous, et l’accueillir ensemble.

Pour ce faire, il est nécessaire de se préparer à recevoir un tel don. Ce travail d’humanité peut se traduire en termes de « culture ». C’est une expression très belle et très large. La culture concerne autant le domaine intellectuel que la perception sensible, elle touche le corps aussi bien que les choses de la terre (l’agri-culture). La culture concerne le travail opéré sur le terreau que nous sommes. Vous aurez compris que je ne suis pas de ceux qui veulent spécialiser ce domaine dans une sphère élitiste concernant seulement des personnes ayant approfondi un domaine particulier dans lequel ils ont acquis une compétence faisant d’eux les grands maîtres de la culture. La culture est un travail quotidien; comme le rappelait Henri-Jérôme Gagey, c’est en quelque sorte un “art de vivre” qui concerne toute profession, toute activité humaine, depuis l’art culinaire jusqu’aux plus subtiles expressions musicales ou plastiques en passant par le fait de se comporter de telle ou telle manière dans la vie sociale la plus ordinaire.

Malheureusement, nous avons trop accentué la seule dimension de la rationalité humaine. Aujourd’hui dans le monde occidental, nous pensons que quelqu’un d’intelligent a avant tout une capacité rationnelle exemplaire. Et bien non, un homme intelligent n’est pas forcément celui qui n’a que cette capacité. Nous avons d’autres capacités, nous avons un corps qui est intelligent, nous avons une sensibilité, une intuitivité, comme dirait le P. Marcel Jousse, qui sont intelligentes aussi. Nous avons aussi une rationalité qu’il ne faut pas négliger bien sûr. Toutes ces potentialités sont mues par l’énergie du désir qui naît au plus profond de notre centre vital, là où justement, agit l’inspiration évoquée plus haut. Cela implique un vrai travail d’éducation en matière d’humanité qui devrait commencer très jeune : comment rendre les enfants attentifs à ce centre profond d’où émerge la véritable source de leur existence traversant toutes leurs potentialités ? Par un désir qui se déploie et qui ne se perd pas en route ; un désir qui permet au cœur, au corps et à la raison d’exprimer ce qu’il y a de plus important en nous pour construire la relation. Il y a là un travail à partager avec tous et dans lequel notre foi est en quelque sorte comme une révélation du grand secret qui permet une telle croissance en humanité.

Ce qu’a dit et ce qu’a fait Jésus est suffisant pour éclairer l’ensemble de ce travail, tellement il a une portée universelle. Jésus lui-même l’a vécu jusqu’au bout, y compris dans l’acte même de mourir, à tel point que la mort ne peut avoir de prise sur lui : il est réellement vivant. Ce travail d’humanité n’est pas un travail spécialisé tel qu’on pourrait l’appréhender dans la seule Eglise catholique ; ce travail ne nous met pas à côté des autres. En ce domaine, il n’y a pas les chrétiens d’un côté et les non-chrétiens de l’autre. Tout homme, toute femme vivant en ce monde est intéressé par ce travail. Certes tous ne sont pas intéressés pour rejoindre la communauté chrétienne, mais tous sont intéressés pour pouvoir partager avec nous ce travail d’humanité. Peut-être pourra-t-il leur permettre et nous permettre avec eux de vivre réellement une communion que l’on pourra dire chrétienne un jour.

En tout cas, nous avons par notre baptême, reçu en quelque sorte la mission de pouvoir annoncer la bonne nouvelle de ce travail d’humanité, de culture et d’inspiration et de le déployer dans une relation qui peut aller jusqu’à l’établissement d’une communauté signe du Royaume qui vient.  Cette œuvre s’appuie sur une lecture attentive de la Bible, sur la célébration de la liturgie qui est aussi une autre forme de culture, sur la fréquentation de grands textes de la tradition chrétienne mais aussi sur un harmonieux vivre ensemble tout simplement.

Voilà donc ce que je voulais vous partager. C’est une parole de moine qui vit en communauté au jour le jour et qui essaye de comprendre le sens de sa propre vie et de celle de ses frères dans une œuvre commune. Je n’en dirai pas plus. Je crois qu’au fond,  tout ce que je viens de vous dire nous invite à une attention, à un silence très profond et à un travail quotidien au jour le jour qui peut se partager en équipe avec le plus grand profit.

 

Grâce à Radio Accords, vous pouvez aussi réentendre  l’

Intervention de Dom Jean-Pierre Longeat, abbé de Ligugé

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Vous pouvez retrouver cette émission sur le site de Radio Accords :

http://www.radio-accords-poitou.com/